Les lobbyistes d’entreprise ont bénéficié de la plus grande part des consultations avec le ministère britannique des affaires de sortie de l’UE et la Task Force Brexit de l’UE. De nouvelles recherches menées par le Corporate Europe Observatory et Global Justice Now révèlent leur accès privilégié et le secret qui entoure ces réunions de lobbying, qui risquent de mettre sur la touche les besoins plus larges de la société civile et des petites entreprises dans un prochain accord pour le Brexit.

L’accord du Brexit de grande envergure qui régira la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne n’est pas seulement élaboré à la table des négociations, mais aussi par les lobbyistes qui tentent d’influencer les prises de position et les lignes rouges de chaque partie.

Une nouvelle analyse des statistiques officielles sur les réunions de lobbying avec les ministres du ministère britannique de la sortie de l’Union européenne (DExEU) et les membres de la Task Force Brexit de l’UE révèle une volonté commune de privilégier les représentants des intérêts des entreprises par rapport à tous les autres :

  • Entre octobre 2016 et mars 2017, le personnel du DExEU a eu six réunions avec des représentants de grandes entreprises pour chaque rencontre avec une ONG, un syndicat ou un groupe de réflexion. Ce chiffre n’est peut-être même que la partie visible de l’iceberg, car les réunions de lobbying du Brexit sont également susceptibles d’avoir lieu avec des fonctionnaires du DExEU qui ne sont pas tenus de divulguer les réunions.
  • L’équipe de Michel Barnier, négociateur en chef de l’UE pour les accords du Brexit, a eu dix réunions avec des lobbyistes d’entreprises pour chaque ONG rencontrée entre octobre 2016 et mai 2017.

La liste complète des réunions souligne à quel point les citoyens et les petites entreprises ont rarement été entendus par les négociateurs, malgré le fait que l’accord du Brexit affectera directement la vie quotidienne de tous les résidents britanniques et des nombreuses petites et moyennes entreprises du pays.

L’étude montre également que les négociateurs britanniques et européens ne communiquent pas les listes de participants, les ordres du jour, les procès-verbaux et tous les autres documents de leurs réunions de lobbying, ce qui empêche de savoir qui se trouve exactement dans la salle ou quelles options politiques spécifiques sont discutées.

Vicky Cann, responsable de la campagne pour la transparence au sein du Corporate Europe Observatory :

“Le Brexit aura un impact considérable sur la vie privée et professionnelle des citoyens britanniques. Il est donc essentiel que le processus soit aussi transparent que possible et que de nombreux intérêts différents soient consultés.

“Mais nous observons une forte partialité des entreprises dans les réunions de lobbying des négociateurs du Brexit tant au Royaume-Uni que dans l’UE. Les groupes de la société civile et les PME ont eu beaucoup moins d’occasions d’exprimer leurs besoins, leurs préoccupations et leurs propositions concernant le Brexit”.

Jean Blaylock, un militant de Global Justice Now, a ajouté :

Le parti pris des entreprises qui a été mis en évidence dans cette liste de réunions montre que nous nous dirigeons dangereusement vers un “Brexit des grandes entreprises” plutôt qu’un Brexit qui pourrait prendre en compte les besoins plus larges de la société britannique. À moins d’un certain sens de la transparence et de la responsabilité dans ce processus, il y a toutes les chances que le gouvernement britannique utilise Brexit comme une occasion de supprimer toutes sortes de protections vitales relatives aux droits du travail, aux normes de consommation et à l’environnement”.

Notes aux rédacteurs :

La liste des réunions de lobbying de DexEU comprend plusieurs acteurs qui ont déjà apporté des contributions financières au siège du parti conservateur britannique, ainsi que des sociétés ayant des liens avec des personnalités du parti.
Le parti pris des entreprises dans les réunions de lobbying de DexEU reflète le modèle de lobbying observé au ministère britannique du commerce international. Les ministres qui développent les relations commerciales du Royaume-Uni avec le reste du monde après Brexit ont tenu 90 % de leurs réunions de lobbying avec des représentants d’intérêts commerciaux, comme l’ont montré des recherches antérieures. La liste complète des réunions de lobbying analysées dans ce briefing peut être consultée ici.

Contact :

Observatoire des entreprises en Europe, Theresa Crysmann, theresa@corporateeurope.org

Global Justice Now, Kevin Smith, kevin.smith@globaljustice.org.uk